Le monde souhaitable de l’après pandémie est un à-venir déjà là, et bien là !

Le Covid-19 est directement lié à la civilisation urbaine et son dernier artifice : la métropolisation du monde. Elle a rapproché les lieux d’habitation humaine par artificialisation croissante des terres et par destruction des habitats écologiques d’animaux  sauvages. Elle a généralisé les systèmes de flux et de mouvements dits nécessaires à la satisfaction des besoins depuis les lieux de l’hyperdensité. La maladie s’est ainsi répandue à l’échelle planétaire, devenant pandémie en un temps record par les concentrations métropolitaines et leurspromiscuités, par les circulations interurbaines et leurs densités. Il n’en déplaise alors aux tenants de la ville éternelle, la situation sanitaire actuelle incarne d’abord les effets de l’urbanisation planétaire, ainsi que l’organisation globalisée qui en est à la fois cause et conséquence, et de la hiérarchie des espaces que le capitalisme et ses soutiens biopolitiques d’Etat ont instituée ces quarante dernières années partout sur le globe – avec les Métropoles comme têtes de gondoles.  

Le Covid-19, c’est la nature co-habitante qui reprend ses droits dans la niche écologique globalisée que le capitalisme a créée en nous, par asservissement urbain de la nature et par arrachement du vivant que la métropolisation incarne ce jour jusqu’à la démesure.

Face à une telle évidence, les responsabilités premières sont toutes trouvées. Ce sont l’ensemble des politiques territoriales, de l’aménagement comme de l’urbanisme, du développement comme de l’environnement, singulièrement au sein de mondes occidentaux quidéfinissent et orientent le modèle marchand à suivre et son capitalisme infrastructurel depuis plus de trente ans. L’urbanisation de la terre, par le capitalocène métropolitain et, plus encore, par l’œuvre millénaire du mégalocène auquel elle oeuvre ardemment par ses velléités productivistes, est bien la cause première de la situation pandémique, comme celle d’ailleurs de tous les périls écologiques d’aujourd’hui, par l’asservissement et l’instrumentalisation du vivant à la vanité marchande de notre désir d’éternité. Et ceci prend racine dans la révolution néolithique, dans l’assujettissement de toutes les ressources humaines par domestication et sédentarisation. 

Pourtant, force est de constater que, anxiété quelque peu surjouée, la critique du moment se focalise sur la gestion de la crise sanitaire (approvisionnement en masques, contrôle des règles de confinement, recherche ardente de traitements…) ou encore sur la communication publique en « temps de guerre ». Comme lors d’attentats, l’urgence et le champ lexical guerrier tendent à la déresponsabilisation, et ce par un procédé classique : face à une cause présentée comme insaisissable, faire union et ce faisant communion, au point de nourrir aussi quelques sentiments nationalistes (ceux aussi entendus sur les balcons : hymnes, drapeaux…). Les camps de migrant·e·s bénéficient de fort peu d’aides médicales et souffrent d’une discontinuité dans l’approvisionnement en ressources vitales (notamment à Calais où le manque d’eau potable est meurtrier).

Certes, nos Etats ont dilapidé les hôpitaux, notamment les petites structures au nom de l’économie d’échelle et de la recherche d’excellence dans de grands pôles hospitaliers. Cependant, le démantèlement des services de soin est  le fait de la contre-réforme néolibérale intervenue depuis la fin des années 1970, faisant, pur hasard sans doute, des villes-monde les foyers du capitalisme triomphant. De même, les migrations sont le fait du jeu concurrentiel intégré des circulations du capital, jeu funeste largement amplifié justement depuis la fin des années 1970, mais qui n’y voit plus d’intérêt en période d’arrêt précipité des bétonneuses (mais tout de même encore un peu pour les récoltes demeurées vitales). En fait, si nous ne voulons pas admettre ce dont la métropolisation est le nom dans la situation actuelle, si nous ne voulons pas admettre la destinée écocidaire de la frénésie bâtisseuse, des styles de vie de la mondialité urbaine et de ses mythes de la modernité ravageuse, nous restons totalement aveugles. Or, un certain nombre d’alternatives indiquent ostensiblement, en réaction à cette mutation forcenée des 30 à 40 dernières années, que le monde souhaitable de l’après est un à-venir déjà là. Et ceci loin de tout angélisme convivialiste de l’urbain vertueux comme de tout repli survivaliste d’un quelconque mythe naturaliste. Il s’agit juste de vivalisme. 

Mettre en lumière et accompagner de telles alternatives qui peuplent tout le territoire hexagonal selon des modalités certes différentes, mais logiquement en dehors des grandes concentrations métroplitaines et surtout porteuses de communs, est justement ce à quoi tente, modestement, d’œuvrer le réseau français des territorialistes depuis sa création en 2016. Que ce soit par des immersions de longue durée et des recherches-action collectivement menées, par des universités d’été et des échanges entre différents savoirs, ou encore par des écrits proposant une vision sur les pré-requis d’un monde d’après déjà bien présent ou un manifeste présentant valeurs, constat et objectifs que nous souhaitons partager.


Illustration du nouveau coronavirus, Covid-19 – Mars 2020 / © UPI/MaxPPP

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