Réunion du réseau : Compte-rendu du 28 août dernier

Le soir du vendredi 28 août s’est tenue une nouvelle réunion des Territorialistes. Elle a accueilli vingt personnes et s’est déroulée, conformément à la philosophie du réseau, au sein d’une communauté, en l’occurrence celle de l’Arche à Saint-Antoine-l’Abbaye (Isère). Cette réunion a été l’occasion de rappeler le cadre intellectuel de la pensée territorialiste, ses racines mais plus encore l’horizon critique et les principes politiques que le réseau français lui confère, en présence d’habitant.e.s de la communauté, de membres de collectifs tendant à l’autonomie, mais aussi chercheur.e.s et étudiant.e.s.

Chantiers et réflexions engagés

Des chantiers engagés par le réseau ont été présentés, dans l’optique de voir comment s’incarnent nos réflexions dans des milieux écologiques de vie : une enquête habitante déjà menée et en fin d’analyse sur les imaginaires écologiques dans la Vallée Longue (Cévennes), une enquête en cours d’élaboration auprès d’habitant.e.s de communes périurbaines de Lyon concernées par des projets de densification en zone humide (Saint-Romain-au-Mont-d’Or et communes alentours). Des publications prochaines vont présenter leurs avancées sur le site des Territorialistes (synthèse des résultats pour le premier, méthode de recherche pour le second). Enfin, a été annoncée le lancement d’une réflexion approfondie sur les conditions de construction des biorégions particulièrement en termes d’organisation politique, de relations sociales, de représentations de l’environnement… Elle donnera lieu à l’élaboration, d’ici la fin de l’année, d’un fascicule d’une vingtaine de pages.

Propositions et pistes de scènes d’engagement

Cette réunion a donné lieu à deux propositions de scènes à investir pour faire connaitre et mettre en débat la pensée du réseau des Territorialistes : proposition d’une implication dans le cadre du prochain séminaire du réseau Espace rural qui portera sur les sols, ainsi que se rapprocher voire participer à des luttes grenobloises.

Adhésions

La réunion s’est achevée par un appel à participation et adhésion. Raphaël Lhomme qui travaille la philosophie et s’engagera, aux côtés de Mathilde Girault, au rayonnement du réseau des territorialistes. En parallèle, Amandine Quin, qui n’a pas malheureusement pas pu assister à la réunion, a adhéré au réseau et organisera un séminaire au printemps 2021 sur les effets de la métropolisation sur la dépossession politique et la nécessité du décentrement géographique pour le réempuissantement de chacun-e.

La biorégion et sa radicalité d’écologie politique

La crise sanitaire a, encore une fois, révélé le caractère écocidaire de notre civilisation urbaine par l’insoutenabilité des villes métropolisées et de leurs modes de vie contre nature. Les architectes et urbanistes, accompagnés en cela de la quasi-totalité des chercheur·e·s en géographie, en sociologie ou encore en science politique, tentent de trouver une nouvelle voie. De l’urbanisme transitoire à l’urbanisme tactique, de la ville verte à la ville-forêt, de la care à la safe-city, cette quête s’est même traduite par la fameuse « vague verte » aux élections municipales dans les grandes métropoles.

C’est par ce questionnement sur la soutenabilité des grandes villes que la notion de biorégion apparait ce jour dans de plus en plus de discours, d’abord depuis les mondes de la recherche et de la pratique, et dorénavant même dans le champ politique. La biorégion serait même par cette prolifération en passe de devenir le nouveau couteau suisse de la pensée territoriale, lorsqu’il ne s’agirait pas pour certain.e.s d’un paradigme naissant de l’aménagement par le renouvellement des rapports humains et ce faisant urbains au vivant.

Mais, l’utilisation qui en est faite détourne et ce faisant affaiblit largement sa portée radicale pourtant initiale. Si la biorégion pose les jalons devenus impérieux de l’autonomie de subsistance – alimentaire, résidentielle ou encore énergétique – la portée politique de cette autonomie est souvent mise de côté au profit d’une compatibilité avec l’ordre institutionnel de nos sociétés. Quels sont en fait les fondements et les contours de la portée radicale de la biorégion ? Et pourquoi ceux-ci ne sont quasiment jamais posés dans les débats pourtant de plus en plus nombreux concernant nos propres écologies politiques ?

1. La perspective biorégionale et son écologie radicale

Si le terme biorégion est plus ancien, sa définition radicalement écologique est le fait premier de Peter Berg et de Raymond Dasmann dans l’article « Reinhabiting California », publié en 1977 dans la revue The Ecologist. Inspirée de l’écologie profonde, la biorégion serait une « région gouvernée par la nature » (Sale, 1985) se fondant pour ce faire sur un principe de réciprocité et d’harmonie entre l’espèce humaine et la nature. Elle correspondrait ainsi à un espace dont les limites ne sont pas définies par des frontières administratives, mais par les lieux des communautés biotiques, ainsi que par la fragilité de leurs écosystèmes de vie. Elle interroge ainsi rapidement la géographie de l’action, particulièrement à l’ère/aire du changement d’échelle de la massification urbaine, entériné par l’extension des périmètres d’action métropolitaine et le redécoupage en grande régions économiques pour le développement.

En fait, contrairement à l’extension sans cesse vantée des territoires institutionnels, cette géographie biorégionale part non seulement des fonctionnements socio-écologiques mais également des règles de coexistence ayant pu, historiquement, en dépendre. Elle compose ainsi certes une forme spatiale et des esthétiques paysagères singulières (celles des espaces de la terre, de ses milieux, de ses cultures), mais plus encore se compose d’expériences pratiques de vies communes à l’échelle d’écosystèmes, depuis des micro-lieux de vie jusqu’à ce que l’on pourrait approcher en France par les « pays géographiques », et, dans le prolongement, nourrie un imaginaire créatif (celui de l’autonomie), avec également des formes politiques largement renouvelées (notamment celles dérivées de l’autogestion).

C’est en Amérique du Nord que, par les mêmes auteurs, la première réalisation concrète d’une expérience biorégionaliste est fondée, celle de Cascadia. Le nom de cette expérience est celle d’une région s’étendant de l’Alaska à San Francisco et englobant des États de l’Ouest du Canada et des États-Unis, délimitée par un réseau hydrographique et ses bassins-versants, ainsi que par une unité socioculturelle, celle de la culture amérindienne (Celnik, 2017). En fait définie dès 1970 par le sociologue David McCloskey sur la base de préceptes de l’écologie profonde et de la coexistence du vivant, Cascadia accueille 15 millions d’habitant.e.s.

Les actions qui s’y déploient promeuvent une société résiliente par la décroissance. Elles sont structurées par des représentations et imaginaires partagés, et notamment la quasi-absence de produits manufacturés du fait du développement des savoir-faire locaux. L’autonomie alimentaire, énergétique, résidentielle… et les pratiques en découlant viennent nourrir une pensée territoriale strictement fondée sur des ressources endogènes. Surtout, Cascadia revendique l’autogestion, ce qui s’illustre notamment par sa volonté sécessionniste d’indépendance vis-à-vis de l’ordre politique des cadres fédéraux. Les habitant·e·s s’organisent à plusieurs échelles pour fonder leurs propres règles, par exemple l’égalité femmes-hommes, et pour infléchir les décisions politiques : de nombreuses municipalités ont ainsi voté l’interdiction de construction d’infrastructures liées aux énergies fossiles en raison de l’opposition locale à des projets d’extraction ou de transport, comme celui d’oléoduc Keystone XL.

C’est à partir de ce cas emblématique de Cascadia que la biorégion va connaître une première diffusion, notamment dans les pays européens. Plusieurs expériences s’y revendiquent biorégionalistes depuis une vingtaine d’années, en s’éloignant toutefois de quelques-uns de ses principes pourtant essentiels dans la perspective écologique défendue outre atlantique.

2. Une diffusion européenne savante et gestionnaire

Le mouvement des territorialistes italiens est à l’origine du transfert. C’est Giuseppe Moretti qui, au contact du mouvement américain, initie cette pensée en Italie dès 1991. Mais, si cette transposition prête attention aux écosystèmes, elle accorde très vite une place bien plus importante aux patrimoines, développant ainsi une approche bien plus culturaliste (Rollot, 2018). Il est vrai que, dans les territoires de mise en œuvre, principalement en Italie du Nord, l’héritage industriel est très marqué, autant dans les paysages que dans les imaginaires et les formes d’organisations territoriales. Ainsi, de l’écologie radicale nous passons à la résilience environnementale, et de la sécession institutionnelle à la durabilité territoriale, dans le respect de l’organisation des sociétés locales.

Plusieurs expériences sont alors menées, à l’appui de savoirs majoritairement issus de l’architecture et de la géographie, ainsi que sur la base de cartes communautaires, donc d’une participation habitante étendue (Magnaghi, 2018). A Milan par exemple, un projet de parc agro-forestier s’ancre non pas sur un découpage administratif mais sur une cohérence paysagère et patrimoniale, avec pour objectif la qualité de vie de la société locale par les fonctions nourricières, récréatives et régénératives de l’écosystème, et un système économique local fondé sur des cultures artisanales. Cette perspective est aussi développée sur le fleuve Arno en Toscane. Très pollué, celui-ci constitue néanmoins un patrimoine auquel il conviendrait selon les territorialistes italiens de donner un statut de commun territorial en mobilisant une diversité d’acteur·rice·s et en incitant les autorités à intégrer la biorégion dans les documents d’aménagement.

En France, l’apparition de la biorégion est encore plus récente. Elle remonte peu ou prou à la traduction de l’ouvrage La biorégion urbaine d’Alberto Magnaghi en 2014. En fait, cette même année la pensée des territorialistes italiens est venue nourrir des travaux du département de la Gironde, notamment lors de réflexions sur l’élaboration d’un InterScot : mise en relation de plusieurs Schéma de cohérence territoriale (Scot). Ce projet d’étude, financé par le Parc Naturel des Landes de Gascogne, le Pays Médoc, le Département de la Gironde et le Sysdau (SCOT de l’aire métropolitaine bordelaise), a réuni urbanistes et paysagistes et a porté sur les relations culturelles et économiques entre les différents fragments du territoire (par exemple entre la production viticole du Médoc, les landes Girondine et la ville de Bordeaux). Un recensement de l’usage des sols et une typologie des différents paysages ont mis en lumière les relations et complémentarités territoriales, l’un des nombreux stades liminaires pour la conception d’une biorégion. Toutefois, collectifs d’habitant·e·s et communautés locales n’ont pas été sollicité.e.s et encore moins mobilisé.e.s, ce qui, pourtant, est consubstantielle à la perspective biorégionaliste. Emmanuelle Bonneau souligne la perspective profondément aménagiste de cette approche biorégional, et qui révèle une culture scientifique et technique dans lequel s’inscrit les acteurs et actrices de ces projets.

Plus près de nous, en 2019, l’Institut Momentum (Ile-de-France) a contribué à la médiatisation de la notion, par une prospective pour l’Ile-de-France financée par le Forum Vies mobiles de la SNCF. Cette réflexion biorégionale se fonde sur la méthode experte du backcasting : en prévision d’un projet rêvé pour 2050, les différentes étapes d’atteinte sont identifiées, en tenant compte des crises engagées et des ruptures annoncées pour les prochaines années. La notion de biorégion est abordée par les auteur·ice·s, Yves Cochet, Agnès Sinaï et Benoît Thévard, comme « un instrument interprétatif pour affronter la dégradation actuelle ». L’objectif de la recherche est de donner « un ensemble de règles pour limiter et établir la juste mesure des établissements humains, règles de localisation et dimensions ajustées du métabolisme urbain, de décélération de la mobilité, de la production et de la consommation » (Momentum, 2017, 29). Ce projet s’engage ostensiblement pour de nouveaux modes de vie fondés sur des principes de décroissance.

A partir des savoirs de l’écologie, de l’économie et de l’ingénierie, trois grands domaines ont structuré cette pensée : l’alimentation, l’énergie, les transports. L’autonomie alimentaire se réaliserait uniquement à l’échelle francilienne, et tou·te·s les habitant·e·s devraient y contribuer. Pour l’autonomie énergétique, la réflexion se fonde sur une nette diminution de la demande (par insuffisance de l’offre) et les solutions envisagées reposeraient uniquement sur l’énergie renouvelable produite dans l’enceinte des limites franciliennes. Enfin, pour les transports, la voiture n’existerait plus et les mobilités seraient totalement décarbonées (notamment hippomobiles). Néanmoins, du fait de cette ambition prospectiviste et l’entrée experte privilégiée, rien n’est dit sur l’organisation politique des communautés de vie et des biorégions dessinées (au nombre de huit) et encore moins sur leurs fédérations, laissant au futur désiré le soin de penser ses propres organisations et régulations sociales des chocs annoncés et des styles de vie décroissante.

Ainsi donc, que ce soit en Italie ou en France, qu’il s’agisse d’une volonté de résilience environnementale par nouvelle interpellation démocratique à l’échelle d’écosystèmes ou d’une prospective décroissante savante à l’échelle d’une région capitale, la biorégion perd quelque peu de sa portée militante et résistante.

3. Autogestion et sécession politiques comme dessein écologique

En fait, repartant de l’expérience de Cascadia, la biorégion postule certes une visée de transformation écologique mais plus encore un chemin politique de réalisation. La visée est celle de petites unités humaines qui, appuyées sur des ressources de proximité et des savoirs situés, font corps avec leurs écosystèmes de vie. A des degrés variables, nous retrouvons cette ambition dans les expériences ou prospectives européennes, notamment sous l’angle de l’autonomie. Toutefois, le local est également, dans la pensée biorégionale, la construction d’un agir et donc d’une puissance de chacun.e. Plus précisément, ces petites unités humaines et leurs localités adviennent certes par l’autosubsistance mais plus encore politiquement par l’autogouvernement des communautés de vie. La biorégion se construit donc à la croisée d’un mouvement double, pratique et axiologique : une relocalisation des formes autonomes de vie pour leurs rapports à l’écologie (en opposition aux grandes polarités socio-spatiales de dépendance au capital) et un réempuissantement politique des localités par distanciation vis-à-vis des grands lieux de commandement et donc la centralisation des pouvoirs. C’est d’ailleurs ce que nous pouvons voir dans d’autres régions du monde qui, sans toutefois en porter le nom, incarnent de telles conceptions biorégionales, tel le Chiapas.

La biorégion s’inscrit ainsi en théorie à rebours des politiques d’Etat ayant, quels que soient les régimes libéraux, historiquement muselé le local, et ce en le (dis)qualifiant de réactionnaire face aux visées d’intégration nationale et aux desseins de progrès social par l’aménagement. Elle participe d’une organisation économique non polarisée et d’une organisation politique non centralisée. Elle défend un polycentrisme politique et non une multipolarité fonctionnelle (comme celle des intercommunalités ou encore celle ces métropoles dorénavant en quête d’arrières-pays), un maillage de localités autonomes dans leurs rapports aux milieux et autogouvernées de manière non nationnaliste. « …si les liens qui fondent une communauté relèvent du naturel et non du culturel, c’est pour une forêt et non pour un drapeau que peuvent se battre ses habitants ; pour une espèce animale et non pour une couleur de peau ; pour une vitalité éco-systémique et non en vertu d’une quelconque histoire géopolitique, de ses gloires passées et autres fantasmes collectifs » (Rollot, 2019 : 88).

Dès lors, dans toute perspective biorégionaliste, il est non seulement essentiel de penser une organisation politique endogène dans des unités géographiques de confiance (Deville, Hembert et Millard,2020), mais il est également impératif de s’arracher des héritages techno-administratifs de l’action territoriale qui ont construit localement des cadres mimétiques et totalement dépendants des organisations centrales du pouvoir. Par exemple, en renonçant à la soumission unique aux réseaux techniques de gestion centralisée (ex : énergie). Il est non seulement essentiel de remobiliser des registres de connaissances et des savoir-faire situés, celles et ceux de la connivence avec les milieux, mais également impératif de se détourner franchement des savoirs de gouvernement visant l’arraisonnement de nature par expertise aménagiste. Or, la pensée de ces autres rapports savoirs-pouvoirs est très loin de bercer les expériences menées en Europe.

Ici, pour garantir ce double attribut écologique du local par l’autonomie, à la fois de subsistance et de résistance, certain.e.s préconisent aujourd’hui le rapprochement du biorégionalisme avec le municipalisme libertaire et son confédéralisme (Bookchin, 2003). Et ce singulièrement au moment où la doctrine d’Etat cherche à revigorer sa puissance par les périmètres et prérogatives étendus des nouvelles métropoles, de même que par les nouveaux découpages des grandes régions/provinces et par la labellisation de leurs « capitales » économiques. Mais, là aussi, si le municipalisme offre des pistes intéressantes pour concrétiser une émancipation collective, notamment par l’instauration d’une démocratie directe sous la forme d’assemblées populaires ainsi qu’une place forte octroyée à l’éducation populaire, il demeure généralement quelque peu négligeant d’une véritable autonomie par une écologie sociale ET radicale. Fétiches du moment, municipalisme et communalisme peinent en fait encore à sortir des organisations électorales pour se réapproprier une puissance d’agir par l’autonomie politique des rapports à la terre. Ils peinent à se détourner d’un assembléisme largement soumis aux déclinaisons managériales des institutions municipales d’Etat. Bref, à la différence de l’expérience du Rojava notamment, ils ne prônent le plus souvent dans les pensées militantes ni relocalisation périphérique, ni sécession politique.

Or, nous avons en fait ici affaire à une seule et même cause explicative de l’édulcoration de la notion de biorégion en Europe et de la croyance municipaliste dans les municipalités : le respect troublant des institutions gouvernementales du pouvoir et de leur reproduction par leurs savoirs de gouvernement (urbanisme et ingénierie, mais aussi à maints égards géographie et sociologie). Et, où s’est historiquement créée cette alliance des savoirs et des pouvoirs par nécessité technique de toujours plus nous regrouper ? Où à ce jour se cultive-t-elle plus que de raison par la grandeur ou plutôt la grosseur, par la masse critique du regroupement ? Dans les villes, y compris les plus petites, converties à la métropolisation du monde. Là où il est justement totalement illusoire de vouloir faire autonomie, écologiquement et politiquement, mais plus encore inimaginable de relocaliser et de réempuissantiser, simplement par impossibilité radicale d’avoir les pieds… sur terre par des modes de vie moins écocidaires (Faburel 2018, rééd. 2019). Les cultures de la terre sont, dans une pensée de l’écologie radicale, celles de la limite et de la mesure, celles de l’humilité et de la responsabilité, celles de la taille humaine et du vivant sur terre.

Et pourtant, que ce soit dans sa conception italienne avec les ouvrages d’Alberto Magnaghi, ou en France avec les travaux de Thierry Paquot, de même que dans la prospective savante de l’Institut Momentum, la ville n’est certes plus le cœur battant du dépassement mais demeure le référentiel de subjectivité politique pour l’émancipation collective. Au moins par unicité du récit civilisationnel et ses imaginaires institués, la ville reste ce jour le creuset politique d’une écologie qui perpétue par inaccessibilité à la terre le dessein gestionnaire de l’environnementalisme, y compris loin des grandes agglomérations. Au point même que l’on parle, dans ces écrits, de biorégion… urbaine. Et d’ailleurs, lorsqu’il s’agit de penser le démantèlement biorégional d’une ville-monde, en l’occurrence Paris, par la décroissance, rien n’est dit sur le chemin politique autonomiste et encore moins sécessionniste (Momentum, op. cit.). Si l’on parle de confédération, cela se fait sans imaginer les agencements politique de l’autogestion.

En fait, toute biorégion s’affirme, avant tout, dans des lieux en rupture avec la domination et la coercition propres aux institutions d’Etat et à leurs déclinaisons municipales par l’aménagement. S’il s’agit de « réhabiter » les lieux, c’est-à-dire refaire corps avec le vivant, de reprendre place à l’intérieur de la communauté biotique et non de l’exploiter à des fins d’arrachement de la nature (Centemeri, 2019), cela n’est possible qu’en dépassant les périmètres métropolitains, leur construction centraliste et productiviste ; cela n’est possible qu’en dépassant l’urbain dit généralisé qui, par ses modes de vie, fait à sa main l’ensemble des espaces y compris périphériques. Là est la condition première de toute perspective biorégionaliste. Rompre avec l’étalonnement urbain de la pensée du politique, ses grands paradigmes d’action, ses cadres axiologiques de justification, ses symboliques de réalisation… etc. Il en va de la portée réellement transformatrice de la biorégion à l’ère de l’extinction du vivant sur terre. Une réelle radicalité écologique et politique.

Maële Giard et Guillaume Faburel du Réseau des Territorialistes

Bibliographie sélective :

Berg Peter, Dasmann Raymond et Rollot Mathias, « Réhabiter la Californie », EcoRev’, 10 mai 2019, N° 47, no 1, pp. 73‑84

Bookchin Murray, Pour un municipalisme libertaire, Edition 2018., Atelier de création libertaire, 2018, 60 p.

Celnik Julie, « La biorégion de Cascadia, territoire de la décroissance », in Sinaï Agnès, Gouverner la décroissance. Politiques de l’Anthropocène III., Presses de Sciences Po, 2017, pp. 119‑136

Centemeri Laura, La permaculture ou l’art de réhabiter, 1re éd., Quae, 2019, 158 p.

Deville Damien, Hembert Aneth et Millard Elisabeth, « Le retour d’un Etat tout puissant est-il souhaitable pour les territoires ? », 2020

Faburel Guillaume, Les Metropoles Barbares : Demondialiser la Ville, Desurbaniser la Terre, Lyon, Le Passager Clandestin, Edition 2019, 431 p.

Institut Momentum, Biorégion 2050. L’île-de-France après l’effondrement [Rapport], 2020.

Magnaghi Alberto, La biorégion urbaine, Paris, Editions Etérotopia, 2014, 176 p.

Magnaghi Alberto, « Les territoires du commun », Métropolitiques, 2018

Rollot Mathias, « Le biorégionalisme américain », EcoRev’, 10 mai 2019, N° 47, no 1, pp. 85‑95,

Rollot Mathias, « Aux origines de la « biorégion » », Métropolitiques, 2018

Sale Kirkpatrick, Dwellers in the Land: The Bioregional Vision, New Ed., Athens, University of Georgia Press, 1985, Edition 2000, 248 p.

Séminaire « Communs, Institutions, Territoires »

Guillaume Faburel et Maële Giard, membres du réseau des Territorialistes, organisent un séminaire sur « Communs, Institutions, Territoires ». Questionnant la notion d’intérêt général et les différentes compréhensions des communs émergeant depuis une vingtaine d’années, ce séminaire s’intéressera aux mutations de l’action publique territoriale.

Lire la suite « Séminaire « Communs, Institutions, Territoires » »

Militance au potager

Pour cette fois, je voudrais proposer une réflexion d’actualité qui ne fasse pas écho à un événement politique, social, économique, etc., mais s’inscrit dans une réalité plus ordinaire et nous ancre dans un rythme saisonnier et environnemental : l’activité potagère du début d’été.

Lire la suite « Militance au potager »

Episode 6 : Habiter les périphéries

Dans les métropoles, la même sky line, les mêmes berges, les mêmes festivals… Cette homogénéité des paysages et des activités nous arrache de la possibilité d’expériences singulières de nos lieux de vie, d’autant plus lorsqu’on se sent « soumis » à des fournaises urbaines. Soumis à cette artificialisation, peut-on encore s’y sentir en résonance au monde ?

Lire la suite « Episode 6 : Habiter les périphéries »

Episode 7 : Faire politique autrement

Elections, conseils de quartier, conférences de citoyens, référendums… Quelle créativité pour organiser et distribuer les pouvoirs publics. Comme un sentiment de diversion pour nous éloigner de notre puissance politique et nos désirs fondamentaux d’autogestion. Une tentative échouée au regard de la diversité des manières de faire politique autrement par l’habiter. 

Lire la suite « Episode 7 : Faire politique autrement »

Notre Manifeste

Dans un monde présenté comme le théâtre d’une compétition globale sans merci où seuls réussissent les territoires les plus attractifs, les Métropoles,  nouveaux avatars du progrès moderniste, incarneraient le modèle de développement le plus abouti, conciliant qualité des espaces de vie, exigences de performance, ainsi que rayonnement culturel.

Lire la suite « Notre Manifeste »

Le monde souhaitable de l’après pandémie est un à-venir déjà là, et bien là !

Le Covid-19 est directement lié à la civilisation urbaine et son dernier artifice : la métropolisation du monde. Elle a rapproché les lieux d’habitation humaine par artificialisation croissante des terres et par destruction des habitats écologiques d’animaux  sauvages. Elle a généralisé les systèmes de flux et de mouvements dits nécessaires à la satisfaction des besoins depuis les lieux de l’hyperdensité. La maladie s’est ainsi répandue à l’échelle planétaire, devenant pandémie en un temps record par les concentrations métropolitaines et leurspromiscuités, par les circulations interurbaines et leurs densités. Il n’en déplaise alors aux tenants de la ville éternelle, la situation sanitaire actuelle incarne d’abord les effets de l’urbanisation planétaire, ainsi que l’organisation globalisée qui en est à la fois cause et conséquence, et de la hiérarchie des espaces que le capitalisme et ses soutiens biopolitiques d’Etat ont instituée ces quarante dernières années partout sur le globe – avec les Métropoles comme têtes de gondoles.  

Le Covid-19, c’est la nature co-habitante qui reprend ses droits dans la niche écologique globalisée que le capitalisme a créée en nous, par asservissement urbain de la nature et par arrachement du vivant que la métropolisation incarne ce jour jusqu’à la démesure.

Face à une telle évidence, les responsabilités premières sont toutes trouvées. Ce sont l’ensemble des politiques territoriales, de l’aménagement comme de l’urbanisme, du développement comme de l’environnement, singulièrement au sein de mondes occidentaux quidéfinissent et orientent le modèle marchand à suivre et son capitalisme infrastructurel depuis plus de trente ans. L’urbanisation de la terre, par le capitalocène métropolitain et, plus encore, par l’œuvre millénaire du mégalocène auquel elle oeuvre ardemment par ses velléités productivistes, est bien la cause première de la situation pandémique, comme celle d’ailleurs de tous les périls écologiques d’aujourd’hui, par l’asservissement et l’instrumentalisation du vivant à la vanité marchande de notre désir d’éternité. Et ceci prend racine dans la révolution néolithique, dans l’assujettissement de toutes les ressources humaines par domestication et sédentarisation. 

Pourtant, force est de constater que, anxiété quelque peu surjouée, la critique du moment se focalise sur la gestion de la crise sanitaire (approvisionnement en masques, contrôle des règles de confinement, recherche ardente de traitements…) ou encore sur la communication publique en « temps de guerre ». Comme lors d’attentats, l’urgence et le champ lexical guerrier tendent à la déresponsabilisation, et ce par un procédé classique : face à une cause présentée comme insaisissable, faire union et ce faisant communion, au point de nourrir aussi quelques sentiments nationalistes (ceux aussi entendus sur les balcons : hymnes, drapeaux…). Les camps de migrant·e·s bénéficient de fort peu d’aides médicales et souffrent d’une discontinuité dans l’approvisionnement en ressources vitales (notamment à Calais où le manque d’eau potable est meurtrier).

Certes, nos Etats ont dilapidé les hôpitaux, notamment les petites structures au nom de l’économie d’échelle et de la recherche d’excellence dans de grands pôles hospitaliers. Cependant, le démantèlement des services de soin est  le fait de la contre-réforme néolibérale intervenue depuis la fin des années 1970, faisant, pur hasard sans doute, des villes-monde les foyers du capitalisme triomphant. De même, les migrations sont le fait du jeu concurrentiel intégré des circulations du capital, jeu funeste largement amplifié justement depuis la fin des années 1970, mais qui n’y voit plus d’intérêt en période d’arrêt précipité des bétonneuses (mais tout de même encore un peu pour les récoltes demeurées vitales). En fait, si nous ne voulons pas admettre ce dont la métropolisation est le nom dans la situation actuelle, si nous ne voulons pas admettre la destinée écocidaire de la frénésie bâtisseuse, des styles de vie de la mondialité urbaine et de ses mythes de la modernité ravageuse, nous restons totalement aveugles. Or, un certain nombre d’alternatives indiquent ostensiblement, en réaction à cette mutation forcenée des 30 à 40 dernières années, que le monde souhaitable de l’après est un à-venir déjà là. Et ceci loin de tout angélisme convivialiste de l’urbain vertueux comme de tout repli survivaliste d’un quelconque mythe naturaliste. Il s’agit juste de vivalisme. 

Mettre en lumière et accompagner de telles alternatives qui peuplent tout le territoire hexagonal selon des modalités certes différentes, mais logiquement en dehors des grandes concentrations métroplitaines et surtout porteuses de communs, est justement ce à quoi tente, modestement, d’œuvrer le réseau français des territorialistes depuis sa création en 2016. Que ce soit par des immersions de longue durée et des recherches-action collectivement menées, par des universités d’été et des échanges entre différents savoirs, ou encore par des écrits proposant une vision sur les pré-requis d’un monde d’après déjà bien présent ou un manifeste présentant valeurs, constat et objectifs que nous souhaitons partager.


Illustration du nouveau coronavirus, Covid-19 – Mars 2020 / © UPI/MaxPPP

Confinement : en demi-résonance avec notre décroissance

Nous relayons ici un texte de nos complices de la décroissance, à l’écriture duquel quatre d’entre nous ont participé, sous la houlette de Michel Lepesant et Thierry Brulavoine de la Maison commune de la décroissance. En substance, si la pandémie est une nouvelle manifestation de la rébellion du vivant face à l’ensemble de nos exactions, et le confinement la réponse de la puissance et de son empire pour s’arrêter et, sous peu, recommencer à s’agiter comme avant… cette période est aussi un événement grandeur nature d’une décroissance certes subie mais qui peut bouger quelques lignes… sans fuite.


C’était un mardi, à midi, et nul ne l’avait prédit. Sans guère de résistance, nous avons accepté le bouleversement. Une autolimitation collective puis individuelle, ou l’inverse. Ce n’est pas « le pas de côté » que nous autres décroissants espérions. N’est-il pas évident que les mesures du confinement telles que nous les subissons révèlent en amont de la pandémie la faillite des politiques publiques qui en aval se traduit par une gestion autoritaire et techno-scientiste. Ce sont-là les deux faces d’une même biopolitique de croissance, gestionnaire, élitaire, indécente et insensible. Néanmoins, il y a dans le confinement comme un pas suspendu de la cigogne. Et ce n’est pas à dédaigner ! Après le confinement, il y aura encore la récession, des rebonds et des répliques ; mais pendant la période du confinement, conjoncturellement, il y a une espèce de décroissance ; oui, mais alors laquelle ?

Il s’agit d’un moment historique, parce que subitement c’est l’impératif économique de l’accélération et de la démesure qui est suspendu, mis entre parenthèses. Une parenthèse ouverte le 17 mars 2020 en France. Parenthèse qui se refermera peut-être en mai, ou juin, mais ouverte, maintenant, en plein cœur de la mondialisation et dans le monde entier. Plus de la moitié de la population mondiale est confinée ! Parenthèse partout ouverte sur moins de production, moins de consommation, et par conséquent moins d’extraction, moins de déchets, moins de pollutions, moins de  déplacements, moins de bruit, moins de travail et donc moins de revenus, mais aussi plus du tout de vacances, plus du tout de musée ou de concert, plus du tout de rencontres sportives ni de « matchs » : plus rien qu’un « essentiel » qui reste à redéfinir…

Que nous vivions à la campagne ou en ville, une qualité de vie est maintenue, avec des degrés très inégaux de « résilience » (jardin ou balcon ou fenêtre ?) et de souffrance qu’il ne faut pas écarter : décroissance à demi-subie, décroissance à demi-choisie. Dans des conditions encore plus difficiles de vie pour les plus vulnérabl-e-s – en particulier dans le cas des violences familiales –, la sobriété se fait néanmoins plus présente, nos relations sociales, familiales, amicales sont nos précieux remèdes. Nous entendons parler relocalisation, circuits-courts, ralentissement, renoncement. Nous participons ou assistons à des manifestations de solidarité, de créativité, nous contemplons l’éveil du printemps. Bref une joie simple d’exister se manifeste, et cela grâce à… notre organisation sociale commune, fruit d’un minimum de vie démocratique depuis 1945, qui garantit encore l’essentiel : une certaine paix sociale. Certes le Président Macron a déclaré « Nous sommes en guerre. ». Mais ce n’est pas une guerre parce qu’il n’y a aucun ennemi à vaincre ni aucun humain à tuer, à moins de tordre le sens des mots, à des fins biopolitiques. Certes il y a des morts : c’est donc peut-être une demi-guerre, mais nul ennemi à l’horizon. demi-guerre, et donc demi-paix très largement assurée par les personnels des services publics et du soin à la personne qui limitent la pandémie en permettant l’accès des malades aux soins. Services publics mais aussi tous ces emplois – cette « France d’en bas » dont beaucoup hier étaient sur les ronds-points – qui sont aujourd’hui mis « en première ligne de corvée » : sans effondrement général. Même pas un effondrement de l’État, pourtant comme abasourdi par son audace d’avoir pris la décision politique d’un coup de frein économique ; malheureusement il se rassure en poussant le plus qu’il peut son autorité policière et ses expérimentations juridiques d’exception.

Demi-guerre avec la mort qui rôde, demi-paix parce qu’il est devenu interdit de rôder. La mort – qui est la limite de toute vie – fait peur. Surtout en régime politique de croissance prétendument infinie, croissance qui peut être interprétée comme l’organisation sociale du déni de la mort. La mort peut faire peur, et une mauvaise peur est toujours bonne à prendre pour tout pouvoir qui veut se conserver : d’où la demi-guerre.

Leçon pour la décroissance : si elle touche en quoi que ce soit avec une mauvaise peur, alors elle s’effondre. La décroissance, c’est une parenthèse mais dans la paix.

Confinés, accordons-nous quand même un temps de réflexion sur ce constat : « l’imprévisible est advenu ». Prenons-en pleine conscience : par le confinement, les gouvernants ont choisi d’épargner des vies plutôt que l’économie. Le pas suspendu de la vergogne ? Quelle que soit la diversité de nos conditions sociales de vie, et elles sont évidemment loin d’être aussi faciles pour tou-te-s, osons goûter finement ces moments : l’allègement de l’empreinte écologique, la texture des liens qui nous unissent, l’épaisseur des silences, l’air qui s’allège, la couleur de nos vies, le bruissement du vivant. Carpe diem ! Gardons cette saveur en mémoire, celle du sel, du sens à notre vie commune. Carpe dies relegationis !

Bref, ce confinement est une demi-décroissance : osons affirmer que rien n’a jamais ressemblé plus à la décroissance que ce moment consenti de confinement ; d’autant qu’il y a aussi une part de rationnement pour (presque) tous.

Notre empreinte écologique décroit globalement et pacifiquement pour le moment. « Par le fait », ce moment est écologiquement un peu plus soutenable par l’humanité. Le bilan écologique de cette parenthèse décroissante sera irréfutable : « c’était un temps de répit, un temps de repos. » Mais après le confinement, à quoi s’attendre ?

Économiquement, il est évident que ce sera une autre histoire. Pire, socialement, notre attention à l’autre et notre souci de l’autre nous obligent à dénoncer sans concession le côté obscur de ce confinement. Force est de constater que la pandémie va surtout atteindre les démunis, les appauvris par le système économique. Et surtout l’indécence des ultra-riches, certes confinée, n’a pas disparu. Aucun miracle de la part des gouvernements. Pas (encore ?) question de siphonner les richesses des enrichis (par des prélèvements exceptionnels sur les patrimoines et les revenus comme en temps d’après-guerre) pour assurer le partage et le bien-vivre de toutes et tous dans une société socialement décente. La décroissance des inégalités ce n’est pas encore maintenant.

Pour le moment, c’est plutôt changement d’heure… et d’année au programme : 1984 te voilà ! Big Brother est vraiment là, il nous regarde, nous envoie des SMS, nous surveille, nous enregistre, nous parle du haut de son drone, nous traque via notre ordiphone, nous dissocie, nous individualise. Le sens de la technique est bien politique… Télétravail, télémédecine, télé-enseignement, skype-apéro, etc. Les écrans étriquent nos mondes sensibles. Accélération des réseaux sociaux qui ne peuvent relier que celles et ceux qui sont préalablement séparé-e-s. Là non plus, petit détail politique, nul miracle en ce qui concerne le partage des pouvoirs : les gouvernements continuent de décider seuls, sans nous, donc contre nous. Partout la démocratie est placée en quarantaine. La potion de cheval est là : ordonnances à tout va ! Ce n’est pas la joie démocratiquement parlant. Surtout quand nous nous rappelons qu’on nous a déjà fait le coup de l’état d’urgence qui s’infiltre dans la loi ordinaire.

Ce sont, là, pour le moment, des leçons du confinement. a/ Ce confinement a ouvert une parenthèse. Chères décroissantes, chers décroissants, ayons-le bien présent à l’esprit. Nous ne sommes pas en train de rêver : notre rêve de décroissance est donc possible. En ce sens, la décroissance serait une période particulière entre parenthèses, un trajet auto-organisé vers des sociétés écologiquement soutenables, socialement décentes et démocratiquement organisées, passant par les baisses de l’extraction, de la production, de la consommation, de la circulation et des déchets. b/ Quand la parenthèse du confinement va officiellement se refermer, nous savons bien que nous n’arriverons pas miraculeusement dans un monde décolonisé par l’imaginaire de la croissance, que l’économie aura beau jeu de réimposer ses narratifs, ses dettes, ses réajustements, qu’elle instrumentalisera une relocalisation cosmétique au service d’une souveraineté biaisée… Mais même à l’heure de leur revanche, nous disposerons d’un nouvel argument : oui, le politique peut prendre la décision de donner un coup de frein à l’économie. Nous en aurons vécu l’expérience dans notre chair.

La décroissance, c’est le bon sens pour (re)pauser le monde à l’endroit.

Olivier Zimmermann (Suisse), Élodie Vieille-Blanchard, Mathilde  Szuba, Christian Sunt, Agnès Sinaï, Michel Simonin, Luc Semal, Onofrio Romano (Italie), Olivier Rey, Christine Poilly, Irène Pereira, Jean-Luc Pasquinet, Baptiste Mylondo, Karine Mauvilly, Vincent Liegey, Michel Lepesant, Bernard Legros (Belgique), Francis Leboutte (Belgique), Stéphane Lavignotte, Antony Laurent, François Jarrige, Mathilde  Girault, Maële Giard, Loriane Ferreira, Guillaume Faburel, Robin Delobel (Belgique), Alice Canabate, Thierry Brulavoine, Thierry Brugvin, Geneviève Azam, Alain Adriaens (Belgique).


Animated Image © ABVH /// Original Illustration © NemO’s